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Potager & verger

Quand et comment tailler le pommier

Écrit par Gilles ChauvetParu le 6 min de lecture

Vieux pommier taillé en gobelet en fin d'hiver, branches coupées au pied et panier d'outils

Le pommier se taille en hiver, pendant le repos végétatif, entre la chute des feuilles et le redémarrage de la sève. Chez moi, en Touraine, je tourne autour de la fin janvier et le mois de février, hors gel. Voilà la réponse directe à « taille pommier ». Le pommier fait partie des arbres fruitiers à pépins, il supporte bien la taille et il en a même besoin pour donner des pommes régulières plutôt qu'une grosse récolte une année sur deux.

Le reste, la période, la taille de formation d'un jeune arbre, la taille de fructification avec ses fameuses coursonnes, le cas des gourmands et le rajeunissement d'un vieux pommier, je le déroule dessous. Avec mes repères et mes ratés, parce que j'en ai eu ma part sur les pommiers du fond du verger.

Quand tailler le pommier : la période

La bonne période de taille, c'est l'hiver, quand l'arbre dort. Les feuilles sont tombées, on voit la structure des branches sans que rien ne gêne l'œil, et la sève est descendue. La taille d'hiver, celle où on sort le sécateur et parfois la scie, je la fais entre décembre et mars, mais jamais par temps de gel. Une plaie ouverte sur du bois gelé, ça cicatrise mal et ça ouvre la porte aux maladies. J'attends une fenêtre douce, quelques jours sans gelée annoncée.

Il existe aussi une petite taille estivale, en juin ou juillet, plus légère. On pince l'extrémité des rameaux de l'année pour calmer un arbre trop vigoureux et pousser la lumière vers les fruits. Je m'en sers peu, seulement sur les jeunes pommiers qui montent trop vite. La vraie taille du pommier, celle qui compte pour la fructification, reste la taille d'hiver.

La taille de formation d'un jeune pommier

Sur un jeune arbre de deux à quatre ans, on parle de taille de formation. L'objectif n'est pas la récolte, c'est de bâtir la charpente. Un jeune pommier livré à lui-même part dans tous les sens et se déséquilibre vite.

Tailler un jeune pommier, chez moi, ça tient en peu de gestes. Je choisis quelques branches principales bien réparties autour du tronc, trois ou quatre, orientées vers l'extérieur, et je garde un axe central. Le reste, ce qui pousse vers l'intérieur ou vers le bas, je le supprime. Quand je raccourcis un rameau, je coupe toujours au-dessus d'un bourgeon tourné vers l'extérieur : la nouvelle pousse partira dans le bon sens, vers la lumière, pas vers le centre de l'arbre. Ce détail du dessus du bourgeon, c'est la base, et pourtant c'est là que les gens se trompent le plus.

Mon conseil de terrien sur la formation : ne pas se presser. Une structure d'arbre solide se construit sur trois ou quatre hivers. Un jeune arbre taillé trop court repart en fouet, il refait du bois au lieu de s'installer et de préparer sa production de fruits.

La taille de fructification : les coursonnes

Passé cinq ou six ans, on entre dans la taille de fructification, celle qui décide de la récolte. Le pommier ne porte pas ses pommes n'importe où. Les fruits se forment sur de courts rameaux trapus, les coursonnes, coiffés d'un gros bourgeon à fleur bien rond. C'est ce bourgeon-là qui donnera la fleur au printemps, puis le fruit. Le premier travail, c'est d'apprendre à les reconnaître : un bourgeon à fleur est dodu et arrondi, un bourgeon à bois est pointu et plaqué contre le rameau.

La taille d'entretien d'un pommier adulte consiste à préserver ces coursonnes tout en aérant l'arbre. J'enlève d'abord le bois mort et les branches malades. Ensuite j'éclaircis les branches qui se croisent et se frottent à l'intérieur, parce que deux branches qui se croisent finissent par se blesser. Je raccourcis les rameaux de l'année trop longs, toujours en coupant au-dessus d'un bourgeon. Le but, c'est que la lumière entre partout : un arbre trop touffu fait beaucoup de feuilles et peu de pommes.

Quand une coursonne devient trop vieille et se ramifie en tous sens, je la rabats sur un ou deux bourgeons pour la relancer. C'est un travail de patience, coursonne par coursonne, et c'est lui qui fait la différence entre un pommier qui donne un peu chaque année et un pommier qui alterne une année pleine, une année vide.

Les gourmands : ces pousses qu'il faut ôter

Chaque printemps, le pommier lance des pousses verticales, vigoureuses, bien droites, qui montent vers le ciel depuis les grosses branches ou le tronc. Ce sont les gourmands. Ils portent rarement des fruits, ils pompent la vigueur de l'arbre et ils encombrent le centre. La règle chez moi est simple : je les supprime.

Je les enlève à la base, proprement, sans laisser de chicot. Sur un arbre vigoureux il en repart chaque année, c'est normal, ça fait partie de l'entretien. Une exception : s'il me manque une branche à un endroit dégarni, je garde parfois un gourmand bien placé et je l'incline à l'horizontale avec un lien pour le forcer à fructifier. Un rameau couché produit, un rameau droit ne fait que du bois. Ça, c'est un truc que j'ai vu marcher sur un vieux pommier à couteau qui refaisait sa charpente.

Rajeunir un vieux pommier

Le cas d'un vieux pommier dégarni, qui ne fait plus que du bois au centre et quelques pommes tout en haut, c'est autre chose. Là, une taille de rajeunissement se justifie. C'est la taille la plus sévère qu'on pratique sur cet arbre fruitier, et je la réserve à un pied vraiment épuisé, jamais à un arbre en bonne santé.

Tailler un vieux pommier pour le relancer, ça veut dire rabattre franchement les grosses branches principales sur du bois plus jeune, rouvrir le centre à la scie d'élagage, et accepter de sacrifier une récolte ou deux. Les pommiers sont costauds, ils repartent bien de vieux bois. J'étale toujours ce chantier sur deux ou trois hivers pour ne pas choquer l'arbre d'un coup : un tiers des grosses branches la première année, le reste ensuite. Sur un pommier centenaire du verger de mon grand-père, c'est comme ça que je l'ai remis en production, doucement.

Et je le redis, parce qu'on lit l'inverse partout : une taille de rajeunissement, ce n'est pas un entretien annuel. On la fait une fois tous les dix ou quinze ans sur un arbre fatigué, pas chaque hiver.

Mes outils et la santé de l'arbre

Rien d'exotique côté matériel. Un sécateur bien affûté pour les rameaux fins, un ébrancheur à deux mains pour les branches moyennes, et une scie d'élagage pour les grosses branches d'un rajeunissement. Des gants, et des lunettes de protection dès que je taille au-dessus de la tête, une branche qui claque au visage ça surprend. Je passe un coup de chiffon à l'alcool sur les lames entre deux arbres : une lame sale transporte les maladies d'un pied à l'autre.

Sur les maladies, justement, je reste à ma place. Si tu vois de la tavelure qui tache les feuilles et les pommes, ou du chancre sur une branche, je ne te donnerai pas de produit ni de dose comme une règle. Ce que j'ai fait chez moi, c'est couper et brûler le bois atteint, aérer l'arbre par la taille pour qu'il sèche vite après la pluie, et aller lire les fiches de jardiner-autrement.fr et de la SNHF. Pour tout traitement, la base officielle à vérifier, c'est Ephy de l'ANSES. Pas une vidéo virale.

Ce que je retiens

Je taille mon pommier en hiver, hors gel, entre janvier et février. Sur un jeune arbre je forme la charpente à main légère, en coupant au-dessus d'un bourgeon extérieur. Sur un adulte, je préserve les coursonnes, j'enlève le mort, les branches malades et celles qui se croisent, et je supprime les gourmands. Le rajeunissement, je le garde pour un vieux pommier vraiment fatigué et je l'étale sur plusieurs hivers. Les miens débordent un peu, ils ne sont pas nickel, mais ils donnent des pommes tous les ans.

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