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Entretien, gestes & maladies

Créer et entretenir une haie : l'essentiel

Écrit par Gilles ChauvetParu le 6 min de lecture

Une haie de jardin taillée à moitié, taille-haie posé, chutes de branches au sol

Une haie de jardin, c'est une ligne d'arbustes qu'on plante pour se cacher, couper le vent, marquer une limite ou nourrir les oiseaux. Parfois les quatre à la fois. Avant de commander des plants, la vraie question, c'est celle-là : à quoi elle doit servir chez toi. La réponse commande tout le reste, le choix des essences, l'écartement, la taille.

J'ai passé trente-cinq ans à entretenir les espaces verts d'une commune de Touraine. Des haies, j'en ai planté et taillé des kilomètres, du troène banal aux mélanges champêtres. Je ne suis ni paysagiste diplômé ni pépiniériste. Je te raconte ce qui a tenu et ce qui a foiré, pas une leçon.

Persistant, champêtre ou fleuri : choisir les bons arbustes

Il y a grosso modo trois familles, et elles ne font pas le même travail.

Un arbuste à feuillage persistant garde ses feuilles toute l'année. C'est ce qu'on cherche pour une haie brise-vue qui cache aussi en hiver. Le troène (ligustrum vulgare) reste la valeur sûre, rustique, pas cher, il repart de partout. Le laurier-cerise (prunus laurocerasus, et sa variété prunus laurocerasus caucasica pour les gros sujets) pousse vite et fait un mur vert épais. Attention, ses feuilles et ses fruits sont toxiques, je le garde à distance des enfants et je porte des gants pour la taille. Le cyprès de Leyland, lui, monte comme une fusée. Trop vite, même. J'en ai vu plein qui dépassaient les six mètres parce que personne ne suivait, et une fois dégarni du bas il ne repart pas. Je le déconseille à qui n'a pas le temps de tailler deux fois l'an.

La haie champêtre, c'est mon camp. Un mélange d'arbustes du coin, à feuilles caduques pour la plupart, qui change à chaque saison et vit avec la faune. Le charme (carpinus betulus) a un avantage rare : ses feuilles sèches restent accrochées une partie de l'hiver, donc il cache un peu même sans être persistant. J'y mets aussi de l'érable champêtre (acer campestre), de l'aubépine, du noisetier, un cornouiller pour la couleur des bois en hiver. Ces plantes de haies champêtres demandent moins d'eau une fois installées et tiennent des années sans qu'on s'en occupe beaucoup.

Pour une haie fleurie variée, on joue la couleur et les insectes. Le buisson ardent (pyracantha) donne des baies orange qui tiennent tout l'hiver et une floraison blanche au printemps, mais il pique méchamment. L'arbre aux papillons (buddleia) attire les butineurs par dizaines, un régal, sauf qu'il se ressème partout et qu'il est classé envahissant dans plusieurs régions : je le taille avant qu'il ne graine. Ajoute un weigela, un seringat aux fleurs blanches parfumées, et tu as une haie colorée qui change de tête tous les mois. Ces différents types se mélangent d'ailleurs très bien : rien n'oblige à une haie d'une seule essence, au contraire.

Un mot sur la rusticité : regarde d'abord ta zone et ton hiver avant la belle photo du catalogue. Un arbuste donné pour -10 °C planté en région froide et venteuse, il grille. Chez moi en Touraine je suis tranquille, plus au nord ou en montagne c'est autre chose.

Planter la haie au bon moment

La bonne saison pour planter une haie, c'est l'automne, de mi-octobre à fin novembre, ou à la rigueur la fin de l'hiver hors gel. La terre est encore tiède, il pleut, les racines s'installent avant le printemps. Une haie plantée en octobre part avec deux longueurs d'avance sur la même plantée en avril, je l'ai vérifié assez souvent.

Pour l'écartement, ça dépend de l'essence et de la vitesse à laquelle tu veux que ça ferme. En racines nues, sur les jeunes plants de troène ou de charme, je mets un pied tous les 40 à 50 cm sur un seul rang. Pour un effet massif plus vite, deux rangs en quinconce, mais tu doubles le nombre de plants. Le trou : une tranchée d'une bêche de large et de profond, j'ameublis le fond, je démêle les racines, je ne les enterre pas plus haut que le collet. Un tuteur bas si c'est venté, un arrosage copieux même s'il pleut, deux bons seaux par mètre pour tasser la terre autour des racines. Et un paillage tout de suite, dix bons centimètres de broyat ou de feuilles, ça garde l'humidité et ça évite l'herbe.

Les plants en racines nues coûtent trois fois rien comparés aux godets, souvent moins d'un euro pièce pour les essences courantes, et ils reprennent mieux. Le seul truc, c'est qu'il faut les mettre en terre vite après réception, racines jamais à l'air. Beaucoup se trouvent en jardinerie ou en vente en ligne selon les pépinières, avec livraison en France métropolitaine ; commande tôt en saison, les bons lots partent vite.

Tailler : la bonne période et le respect des nids

La taille, c'est ce qui fait la différence entre une haie propre et un buisson. Sur une haie de persistants, deux passages suffisent, un en fin de printemps et un en fin d'été. Sur du champêtre, un seul passage l'hiver fait l'affaire. Le geste, la forme légèrement trapézoïdale plus large en bas, la hauteur, les outils, je détaille tout ça dans l'article dédié quand et comment tailler une haie, pour ne pas tout empiler ici.

Le point que je veux poser quand même, parce qu'on l'oublie : les oiseaux. Entre la mi-mars et la fin juillet, les haies sont pleines de nids. Chez moi, je ne touche plus au sécateur pendant cette période, point. La Ligue pour la protection des oiseaux et l'Office français de la biodiversité recommandent d'éviter toute taille du 15 mars au 31 juillet, et pour certains milieux la coupe est carrément encadrée par le code de l'environnement. Avant de tailler, jette un œil dans le feuillage. Un nid occupé, tu passes ton chemin et tu reviens en août.

L'entretien au fil de l'année

Une haie installée demande peu, mais elle demande de la régularité. La première année, l'arrosage est ce qui compte le plus : un arrosage suivi tout l'été, deux seaux par mètre une fois par semaine s'il ne pleut pas, le temps que les racines descendent. Après, une haie champêtre se débrouille seule, les persistants apprécient un coup d'eau en canicule.

Le paillage, je le renouvelle chaque automne. Ça nourrit le sol en se décomposant et ça m'évite de désherber au pied, où l'herbe concurrence les jeunes plants. Côté fertilisation, je ne charge pas : une brouette de compost mûr épandue au pied à la sortie de l'hiver, tous les deux ou trois ans, ça suffit largement pour la croissance. Trop d'engrais et la haie pousse mou, elle réclame plus de taille et attrape plus de maladies.

Justement, les pépins. Sur le laurier-cerise, l'oïdium et une maladie à petits trous dans les feuilles reviennent souvent. Le buis, quand j'en ai, souffre de la pyrale et d'un champignon. Là, je ne prescris rien : j'observe, j'enlève et je brûle le bois malade, et pour tout traitement je renvoie aux fiches de jardiner-autrement.fr et à la base Ephy de l'ANSES, qui disent ce qui est autorisé et à quelle dose. Une haie diversifiée et pas trop nourrie, c'est encore la meilleure prévention que je connaisse.

Choisis l'essence selon ce que tu attends de ta haie, plante à l'automne, arrose la première année, taille en dehors de la saison des nids. Le reste, la haie te le rend toute seule, avec de la vue en moins pour les voisins et des oiseaux en plus. À toi de jouer.

D'autres carnets dans Entretien, gestes & maladies.

Petit test de jardinier

Votre haie, de la plantation à la taille

  1. Quelle saison l'auteur conseille-t-il pour planter une haie ?

    • L'automne, de mi-octobre à fin novembre
    • Le plein été, quand la terre est sèche
    • Le printemps, en avril de préférence

    C'est expliqué dans la partie Planter la haie au bon moment

  2. Pendant quelle période vaut-il mieux ne pas tailler, pour respecter les nids ?

    • Du 15 mars au 31 juillet
    • Du 1er novembre au 31 janvier
    • Du 1er août au 30 septembre

    C'est expliqué dans la partie Tailler : la bonne période et le respect des nids

  3. Pourquoi le charme cache-t-il un peu en hiver sans être persistant ?

    • Ses feuilles sèches restent accrochées une partie de l'hiver
    • Il refait des feuilles neuves dès décembre
    • Ses bois prennent une couleur vive en hiver

    C'est expliqué dans la partie Persistant, champêtre ou fleuri : choisir les bons arbustes

  4. Que reproche l'auteur au cyprès de Leyland ?

    • Il pousse trop vite et ne repart pas une fois dégarni du bas
    • Il pousse trop lentement pour cacher la vue
    • Il perd ses feuilles en hiver

    C'est expliqué dans la partie Persistant, champêtre ou fleuri : choisir les bons arbustes

  5. Qu'est-ce qui compte le plus la première année ?

    • Un arrosage suivi tout l'été s'il ne pleut pas
    • Un apport d'engrais chaque mois
    • Une taille sévère au ras du sol

    C'est expliqué dans la partie L'entretien au fil de l'année

Le carnet suivant : Entretenir sa pelouse : le guide de saison

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