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Jardin de soin, bien-être & parcs

Le jardin de Monet à Giverny : la visite et l'esprit des lieux

Écrit par Muriel SabatierParu le 6 min de lecture

Une allée fleurie d’un parc ou jardin remarquable, pont ou massif, ambiance de promenade

Le jardin de Monet, à Giverny, c'est le jardin que Claude Monet a dessiné et planté lui-même autour de sa maison rose, dans l'Eure, à la limite de la Normandie. Deux jardins, en réalité, collés l'un à l'autre : le Clos Normand devant la maison, une masse de fleurs serrées, et de l'autre côté de la route, le jardin d'eau avec son bassin, ses nymphéas et le fameux pont japonais. L'ensemble appartient à l'Institut de France et se visite de fin mars à début novembre, tous les jours. Voilà l'essentiel. Le reste, ce que ça fait quand on y est, je vais essayer de vous le raconter, parce que c'est un endroit que j'ai en tête depuis longtemps et où j'emmène les gens, en pensée, quand on parle de jardins qui valent le voyage.

Le Clos Normand, une avalanche de fleurs devant la maison

On entre par là. C'est le jardin de fleurs, celui que Monet a taillé dans un ancien verger en pente douce vers la maison. Rien n'y est laissé au hasard et pourtant ça déborde de partout. Des allées droites, bordées de plates-bandes montées comme des vagues : les petites plantes devant, les grandes derrière, les rosiers grimpant sur des arceaux métalliques au-dessus du chemin central. Les capucines finissent par envahir l'allée en fin d'été, au point qu'on marche presque dessus.

Ce qui frappe, c'est la densité. Il n'y a pas de terre nue. Monet plantait par masses de couleur, comme un peintre pose ses touches, et il jouait des hauteurs pour que l'œil ne tombe jamais dans le vide. Tulipes et myosotis au printemps, iris, pivoines, puis les dahlias et les tournesols qui prennent le relais l'été. Le jardin change de visage tous les quinze jours. Quand j'y pense, je me dis que c'est exactement le contraire de ce qu'on nous vend souvent, le massif propre et espacé. Ici c'est plein, c'est presque en désordre, et c'est calculé au millimètre.

Le jardin d'eau, le pont japonais et les nymphéas

Un passage souterrain fait passer sous la route, et on change complètement d'atmosphère. Le jardin d'eau est plus tardif : Monet l'a créé après, en détournant un bras de l'Epte pour alimenter un bassin. C'est là que tout se calme. L'eau, les saules qui traînent leurs branches à la surface, les bambous, et sur l'étang les nymphéas, ces nénuphars que Monet a peints jusqu'à la fin de sa vie.

Le pont japonais enjambe le bassin à une extrémité. Il est vert, couvert de glycine, qui fleurit en mai et retombe en grappes mauves et blanches au-dessus de l'eau. Monet était passionné par le Japon, il collectionnait les estampes japonaises, et ça se sent dans ce coin-là : l'asymétrie, les reflets, l'envie de composer un paysage qui ne se donne pas d'un seul coup d'œil. On fait le tour du bassin lentement. À un endroit l'eau disparaît sous les feuilles, à un autre elle s'ouvre et renvoie le ciel. Les jours sans vent, le reflet est si net qu'on ne sait plus trop où est le haut et où est le bas.

Quand venir : la question de la saison

C'est la question qu'on me pose toujours, et il n'y a pas une seule bonne réponse. Le jardin ouvre vers la fin mars et ferme début novembre. Chaque période a sa couleur.

Le printemps, ce sont les bulbes, les tulipes du Clos Normand, et la glycine du pont japonais autour du mois de mai. L'été, le bassin se couvre de nymphéas en fleur, en général de la fin du printemps jusqu'en septembre selon les années, et le Clos Normand atteint son plein volume avec les dahlias. L'automne allume les tons chauds. Si vous voulez voir les nénuphars fleuris, visez le cœur de l'été. Si c'est la glycine, ce sera plutôt le printemps, et là je vous préviens : c'est aussi le moment où il y a le plus de monde. Le jardin est petit et il se remplit vite. Arriver à l'ouverture, le matin, change tout. Pour les horaires exacts et la réservation, mieux vaut vérifier sur le site officiel de la Fondation Claude Monet avant de partir, parce que ça bouge d'une année sur l'autre.

La maison rose et la mémoire des lieux

La maison se visite aussi, et je trouve qu'elle complète le jardin plus qu'on ne le croit. Les volets verts, la façade rose, la grande cuisine aux carreaux bleus, la salle à manger jaune. Et surtout, aux murs, la collection d'estampes japonaises que Monet a accrochée partout. On comprend d'où vient le pont, d'où vient ce goût de l'eau et du végétal cadré comme une image.

Ce qu'on voit aujourd'hui n'est pas tout à fait ce que Monet a laissé. Après sa mort en 1926, le domaine s'est abîmé pendant des décennies. La propriété est revenue à l'Académie des beaux-arts, et c'est Gérald van der Kemp qui a mené la restauration à partir des années 1970, avant la réouverture au public en 1980. Le bassin a été recreusé, les plates-bandes replantées d'après les traces et les photos, le pont refait. Autrement dit, ce jardin est une reconstitution vivante, entretenue au quotidien par une équipe de jardiniers. Ça ne lui enlève rien. L'écrivain Adrien Goetz, qui connaît bien la maison, en parle comme d'un lieu où l'art et le jardinage ne font qu'un, et c'est assez juste une fois qu'on y a mis les pieds.

Ce qu'un jardinier amateur peut en rapporter

Je ne vais pas vous dire qu'une allée fleurie soigne quoi que ce soit, ce n'est pas mon métier de l'affirmer et ce n'est pas le sujet. Mais je repars toujours d'un jardin comme celui-là avec deux ou trois choses dans les poches.

D'abord, l'idée des masses. Chez soi, on a tendance à planter un pied par-ci, un pied par-là. Monet, lui, groupe. Cinq, sept, dix plants de la même chose, et l'effet devient une couleur, pas une collection. Ensuite, la superposition des hauteurs pour que le massif ait de l'épaisseur, du bas jusqu'aux grimpantes. Et puis l'idée qu'un jardin se pense dans le temps, pas seulement dans l'espace : il faut qu'il y ait quelque chose à regarder de mars à novembre, donc on étale les floraisons.

Rien de tout ça n'a besoin d'un domaine de plusieurs hectares. Un bac de jardin partagé, un balcon, un carré de terre suffisent pour essayer. C'est ce que je préfère dans cette visite : on n'en revient pas écrasé, on en revient avec des envies concrètes.

En repartant

Giverny se traverse en une matinée, mais il vaut mieux prendre son temps et y retourner à une autre saison si on le peut, tant le jardin de Monet n'est jamais deux fois le même. Le Clos Normand pour les fleurs, le jardin d'eau pour le silence, et entre les deux, cette sensation de marcher dans une peinture qui aurait pris racine. Vérifiez les informations pratiques avant de venir, arrivez tôt, et laissez-vous perdre un moment devant le bassin. C'est là que ça se passe.

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